Il y a 90 ans, des soldats en cantonnement étaient reçus dans des familles. Voici un poème envoyé aux soeurs Georgette, Suzanne &
Andrée M. de Xermaménil par un de ces soldats :
Ils partirent un soir - vous en souvenez vous ?
par une nuit d'hiver, sans étoile et sans lune.
Ils cachaient dans leur coeur des souvenirs bien doux
et suivant leurs canons, sans joie et sans rancune,
en silence ils marchaient - Mais dans le train glacé
qui les emportait tous vers le glorieux exil
ils parlèrent longtemps de ce bon temps passé
Prés de vous à Xermaménil
Ils ont repris contact avec la boue gluante
et les obus trompeurs et toute la bataille
le canon autour d'eux, toute la journée chante,
et quand le soir est là, sur leur couche de paille
en rêvant au passé, ils virent voir apparaître
trois fines silhouettes, trois jolis profils
qui se penchent, rieurs, derrière la fenêtre
La fenêtre de Xermaménil
Dans le trou du voisin, on s'en va quelquefois
pour étouffer l'ennui, parler de bien des choses
on parle des absents, des chansons,des grands bois
des champs, des près fleuris, des jardins plein de roses
mais souvent on en vient, et non pas sans plaisir,
comme de fil en aiguille et d'aiguille en fil
à évoquer longtemps le récent souvenir
Des bons jeux de Xermaménil
Il arrive parfois que le Boche méchant
lance du gaz immonde - et c'est qu'alors ça barde
on ajuste son masque, et c'est un peu vexant
l'un dit "ça sent le chlore" et l'autre la "moutarde"
mais moi j'en connais un qui garde le silence
et qui songe tout seul au parfum si subtil
des... vous permettez ? (honni soit qui mal y pense)
Des baisers de Xermaménil
Et s'ils doivent un jour tomber au Champ d'Honneur
par une nuit obscure ou un soleil radieux
qu'importe aprés tout ! si l'on en sort vainqueur
mais ils sauront mourir comme autrefois les preux
aux lèvres le sourire et au coeur l'espérance
et là, prés de leur tombe ; à qui penseront-ils ?
A leur mère beaucoup, et beaucoup à la France
Mais un peu à Xermaménil
daté du 27 01 1918 (mais pas signé)